Sport sur ordonnance : quels constats, quelles perspectives ?

Par Benjamin Braquet, le 14 juillet 2020

Préambule : Si les médecins ont longtemps déconseillé la pratique sportive en cas de maladie chronique, la donne a aujourd’hui changé et le sport sur ordonnance se démocratise.

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D’après l’Assurance Maladie, 10.4 millions de Français souffrent d’une affection longue durée (ALD). Leur médecin les incite déjà très certainement à bouger pour préserver leur santé mais désormais, l’activité physique peut être prescrite par le professionnel de santé au même titre qu’un médicament. Voté par l’Assemblée nationale en 2015, l’article 35 bis A de la nouvelle loi de santé (également appelé « Sport sur ordonnance »), prévoit en effet la possibilité de prescrire une activité physique adaptée aux personnes souffrant d’une ALD. Zoom sur la pratique.

 

Le sport sur ordonnance : pourquoi, pour qui, par qui ?

Au terme « ordonnance » s’associe bien souvent celui de « pharmacien » et de « médicament », mais il n’y a pas que cela. L’activité physique peut également être prescrire par un médecin traitant :

  • Pour les personnes bien-portantes, dans le cadre de la prévention générale
  • Pour les personnes atteintes d’une ALD ou d’une maladie chronique.

Si les médecins ont longtemps déconseillé la pratique sportive en cas de maladie chronique, en particulier lors d’une insuffisance cardiaque, la donne a aujourd’hui changé. Toutes les études ont montré une baisse de la mortalité cardio-vasculaire grâce à une activité physique modérée et régulière (minimum 30 minutes par jour). L’OMS identifie d’ailleurs l’inactivité physique comme le 4ème facteur de risque de mortalité au niveau mondial.

L’exercice est en outre un remède de choix pour combattre l’obésité, la dépression, l’hypertension légère, la broncho-pneumopathie-chronique obstructive (BPCO), le diabète de type 2 et pour lutter contre le cancer.

Voilà pourquoi la loi de santé 2015 propose une pratique encadrée par le corps médical. Le décret précise que plusieurs types de professionnels peuvent dispenser une activité sportive à des patients atteints d’affection de longue durée :

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L’activité physique sur ordonnance : quel parcours de soin ?

La diversité des affections de longue durée exige toutefois de prendre des précautions fondamentales. L’activité physique doit être prescrite par un médecin généraliste attentif, à l’issue d’un bilan complet de la maladie, et encadrée par un cadre sportif professionnel.

Un nécessaire protocole de soin personnalisé

À la suite de l’ordonnance du médecin généraliste, c’est le professionnel de santé (kinésithérapeute, psychomotricien…), l’éducateur sportif ou l’enseignant APA qui prend le relai. L’enseignant APA a pour objectif d’orienter le patient vers les activités physiques qui lui conviennent le mieux et les plus adaptées à sa pathologie, en fonction des recommandations du médecin. Il peut également procéder à une évaluation de sa sédentarité et de ses habitudes en matière de pratique d’activité physique.

Les bénéficiaires du dispositif sont suivis régulièrement, afin de suivre leur motivation, leur satisfaction, leurs progrès sur les activités physiques proposées et de les réorienter le cas échéant. Des rendez-vous sont généralement prévus après 1, 6 et 12 mois, puis tous les 6 mois.

Sport sur ordonnance : quel remboursement ?

Quant aux modalités de remboursement, la Sécurité sociale ne s’est pas prononcée. Ce sont pour l’instant les organismes complémentaires (assurances et mutuelles) qui permettent de percevoir un remboursement partiel ou total des séances. Les collectivités territoriales proposent elles aussi des aides financières dans le cas d’ALD.

 

Sport sur ordonnance : ceux qui en ont bénéficié témoignent !

Dans un rapport de mars 2008, l’Institut National de la Santé et de la Recherche Médicale avait déclaré que :

« Le développement d’une activité physique régulière dans les populations de patients apparaissait comme une priorité de santé publique (…) et qu’il permettrait de baisser de 30 à 40% la mortalité des femmes atteintes d’un cancer du sein ».

Et ceux ne sont pas les patients ayant bénéficié du sport sur ordonnance qui diront le contraire. Isabelle, une quinquagénaire ayant subi deux cancers du sein consécutifs, explique s’être tournée vers le cardio-training, le yoga, la marche nordique et le karaté après avoir reçu une ordonnance de son médecin. Elle témoigne dans un article pour Ouest France :

« J’ai eu besoin de mettre mon corps à l’épreuve, de le retrouver. D’autant plus après le second cancer où il y a eu de la chimiothérapie, de la radiothérapie. C’était très douloureux. »

Dans un article du Parisien, Olivier Guillaume, 43 ans, explique de son côté s’être orienté vers le karaté, la danse et l’escrime pour pallier la fatigue due à ses séances de chimiothérapie. Il témoigne :

« C’était spectaculaire. Après chaque séance, je me sentais bien pendant plusieurs jours ».

Enfin, Hamid, jeune homme en surpoids, s’est laissé convaincre par son médecin des bienfaits du sport sur ordonnance, notamment du tchoukball, un mix de handball et volley-ball, du renforcement musculaire et de la course à pied :

« L’ordonnance m’a fait prendre conscience que mon surpoids était une maladie (…) J’avais fait plusieurs tentatives, seul, dans des salles de sport, mais je n’avais jamais persévéré ».

 

Une pratique qui se démocratise dans l’Hexagone

Le sport sur ordonnance n’en est qu’à ses prémisses dans l’Hexagone. Néanmoins, certaines villes sont particulièrement engagées. Précurseur dans le domaine du sport sur ordonnance où un programme sport santé est effectif depuis 2012, la ville de Strasbourg compte 300 médecins prescripteurs, 14 associations partenaires et 1 400 patients bénéficiaires.


Depuis, d’autres villes lui ont emboîté le pas : Montpellier, Sète, Biarritz, Chambéry ou encore Villeurbanne, et les réseaux s’organisent progressivement.

Quelques zones d’ombres subsistent toujours et de nombreuses questions sont sans réponse. Faute de moyens, toutes les pathologies ne sont pas prises en charge, mais cela bouge petit à petit : la dynamique est bonne et les perspectives encourageantes.

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